La desserte de la baie de Somme

TER de la Région Hauts-de-France sur une mission K21 Amiens – Calais en gare de Noyelles-sur-Mer, en août 2024. La ligne n’est pas électrifiée d’où l’exploitation à l’aide de Regiolis bi-modes, ici encore en livrée « Picardie » (Crédit : Cosmopolitram)

Régulièrement de passage en baie de Somme, j’ai eu l’occasion d’expérimenter sa desserte ferroviaire dans un cadre touristique. Cela tombe bien, être amateur de la chose ferroviaire, c’est aussi s’intéresser aux mobilités du « terroir ».

La gare de Noyelles est située en fond de baie de Somme, sur la ligne ferroviaire de la Côte d’Opale, entre Amiens et Calais. Pour cette gare d’apparence modeste, la desserte est loin d’être squelettique avec une liaison plus ou moins cadencée à l’heure dans les deux directions, vers Calais et Amiens (missions K21), à laquelle s’ajoutent cinq trains vers Amiens prolongés jusqu’à Paris (missions K16).

Carte du réseau ferroviaire de Hauts-de-France Mobilités avec Noyelles encadrée en noir

Compte tenu de la zone de chalandise limitée de la gare, l’offre apparait consistante. En effet, les entités urbaines autour de la baie, Cayeux-sur-Mer, Saint-Valery-sur-Somme, Le Crotoy et Saint-Quentin-en-Tourmont regroupent quelque 15.000 habitants à l’année. La fréquentation touristique est toutefois bien plus importante avec des visiteurs plutôt originaires des régions limitrophes si l’on s’en réfère aux données touristiques du département. Un peu plus loin de la baie, la gare du village de Rue (même desserte ferroviaire) permet de desservir le versant nord de la baie.

Localisation de la gare de Noyelles par rapport aux autres entités urbaines de la baie de Somme. Rue, au nord sur le plan, possède également sa gare. Le chemin de fer touristique apparait en gris clair. (Crédit : Hauts-de-France Mobilités)

Du côté de la fréquentation, les chiffres sont plus qu’encourageants au regard de la faible densité de population. La gare de Noyelles accueille en moyenne 364 voyageurs par jour, soit deux fois moins que sa voisine de Rue. Ensemble, les deux gares totalisent en moyenne quasiment 1000 voyageurs quotidiens. Une belle performance.

L’offre est particulièrement attractive grâce au (presque) cadencement à l’heure et aux temps de parcours compétitifs du train par rapport à la voiture. Cela est en partie dû à l’éloignement de l’autoroute. Il apparait que les pôles côtiers de la Côte d’Opale, tout comme ceux de l’arrière-pays, Abbeville et Amiens, ainsi que Paris sont facilement accessibles sans correspondance. Par exemple, le trajet en train jusqu’au centre d’Amiens prend 37min contre environ 55min en voiture alors que Paris est atteint en 1h50.

Il en résulte que, malgré un taux de motorisation élevé inhérent au caractère rural de la région, le train arrive à capter, pour certains déplacements, un public pas spécialement captif des transports en commun. D’ailleurs, à cet égard, on peut prendre comme exemple le nombre de voitures qui passent la nuit sur le parking de la gare (en semaine, hors saison). On y recense au moins une cinquantaine de véhicules. Les photos ci-dessous ont été prises un jeudi soir de septembre vers 21h.

Parking de Noyelles en soirée (hors saison)
Parking de Noyelles en soirée (hors saison)

L’offre ferroviaire est théoriquement suffisamment soutenue et directe pour capter un public urbain, de moins en moins motorisé, notamment dans le bassin parisien. C’est également le cas de Lille dans une moindre mesure. Bruxelles est également accessible en 3h30 (moyennant une correspondance à Lille et Boulogne).

L’un des facteurs les plus déterminants et conditionnant le choix modal pour partir en vacances, est la possibilité ou non de se déplacer aisément sans voiture à destination. Ce critère est d’autant plus déterminant si le voyage s’effectue avec des enfants. Si les différents sites d’intérêt (activités, visites, villages, etc.) ne sont pas accessibles autrement qu’en voiture, il y a d’autant plus de chances que les touristes privilégient la voiture pour partir en vacances et que les publics non motorisés ne s’y rendent pas.

Et c’est exactement dans cette situation que Noyelles se trouve. Compte tenu de la densité de population, l’offre en transport en commun pour le « dernier kilomètre » est très limitée et centrée sur les scolaires.

La gare de Noyelles est située à mi-chemin (~8km) entre Le Crotoy et St.-Valery, les deux principaux pôles touristiques de la baie sans oublier que les lieux d’hébergement ne sont pas toujours situés dans les villages. Les cars régionaux représentent la seule option pour rejoindre les différents villages depuis les gares. En saison (hors période scolaire), l’offre de Hauts-de-France Mobilités est rachitique avec deux à quatre passages quotidiens, en fonction des jours, en gare de Noyelles. Seuls deux de ces voyages sont en correspondance avec des trains de et depuis Abbeville et Amiens, sauf le dimanche, dans le sens des arrivées, où les trois voyages sont en correspondance avec les trains.

Du côté de la gare de Rue, pour la desserte du Crotoy, on comptabilise deux à trois bus par jour sauf le dimanche où un unique passage est prévu et est en correspondance dans le seul sens des retours.

Bref, à moins de rejoindre spécifiquement quelqu’un de motorisé sur place, la densité de l’offre n’invite pas les touristes sans voiture à s’aventurer en terre inconnue.

Malgré la difficulté de déchiffrer l’horaire sur le site de l’Autorité organisatrice de transports, il y a un aspect intéressant qui mérite d’être souligné : les correspondances avec les trains apparaissent en surbrillance dans l’horaire bus.

Horaire d’une des lignes d’autocars de HdF Mobilités avec en surbrillance la correspondance avec le train vers Abbeville (et Amiens) (Crédit : Hauts-de-France Mobilités)

Le prix d’appel de deux euros par trajet sur les autocars, indépendamment de la distance, ne lève aucunement les barrières informationnelles en amont du voyage (difficulté à planifier son parcours) et d’offres (frein à choisir les transports en commun quand l’offre est faible). L’accessibilité tarifaire ne compense jamais la faiblesse de l’offre.

Une desserte par autocars a minima calquée sur les cinq trains de Paris (desservant toute la côte depuis Calais en plus de l’arrière-pays amiénois), aurait pu aider à remplir un tant soit peu les autocars ne croulant pas sous la demande en période estivale.

Regiolis remontant vers Calais depuis Amiens sur une mission K21 en juillet 2026 (Crédit : Cosmopolitram)

En fait, un peu ironiquement, le moyen le plus commode de se rendre à St-Valery, au Crotoy ou à Cayeux depuis Noyelles, reste le train à vapeur touristique avec 4 à 6 passages quotidiens en saison dont deux sont prolongés vers Cayeux. La partie à voie métrique de la gare de Noyelles servant de zone d’évitement (et de rebroussement), les trains à vapeur à destination du Crotoy et de St.-Valery s’y croisent à intervalles réguliers. Un surstationnement de 10 à 25min est même prévu systématiquement à l’horaire pour les deux convois. Mais le tarif n’est pas le même…

En dehors de l’option du taxi qui peut dépanner mais qui ne résout pas la question des déplacements sur place, il reste la petite reine. La région est réputée pour son cyclotourisme avec de nombreux sites facilement accessibles à vélo moyennant des distances, entre sites, de l’ordre de 5 à 20km en fonction de la localisation du lieu de séjour.

On notera que, malgré la présence d’un guichet SNCF, ce sont les bénévoles du chemin de fer touristique qui font vivre la gare en proposant les commodités d’usage, à savoir les sanitaires et l’information touristique et en bonus, la location de vélos.

Guichet du chemin de fer touristique établi à même le batiment de la gare de Noyelles. Au premier plan, la voie métrique en cul-de-sac mène à une plaque de retournement permettant aux locomotives de se repositionner en tête de convoi après avoir fait demi-tour. (Crédit : Cosmopolitram)

Pour conclure, on a donc une petite gare située au coeur d’une région touristique avec une desserte ferroviaire étoffée vers des polarités importantes dont Paris. Cependant, l’offre pour parcourir le « dernier kilomètre » faisant défaut, son intérêt s’en retrouve significativement réduit pour les non-locaux ou non-captifs, surtout par rapport à des destinations mieux desservies le long de la côte.

Croisement des deux convois du chemin de fer touristique en gare de Noyelles (Crédit : Cosmopolitram)
Croisement des deux convois du chemin de fer touristique en gare de Noyelles (Crédit : Cosmopolitram)

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