
Cet article a été en grande partie rédigé sur la base des informations et des photographies fournies par Christian Vanitterbeek, que je remercie chaleureusement. Aujourd’hui pensionné de la STIB, Christian a été l’un des conducteurs du wagon 88 du métro, ainsi que des motrices de service (trucks) 38 et 40, en activité sur les réseaux de tram et de prémétro.
Pendant près de trois décennies, le métro bruxellois a disposé d’un véhicule pour le moins atypique : un wagon spécialement aménagé pour le ramassage des poubelles des stations.
À la mise en service du réseau métro en 1976, la vidange des poubelles en station se faisait grâce à un train de travaux composé d’un wagon plat encadré de deux locotracteurs.

Vers 1980, une solution plus spécifique fut mise en place avec l’aménagement d’un wagon dédié à cette tâche, le wagon 88. Conçu pour transporter jusqu’à quatorze conteneurs, il n’était pas motorisé. Il circulait comme wagon intercalaire, inséré entre deux voitures voyageurs « classiques » motorisées U2.
Ce qui s’apparente au poste de conduite était en fait un local technique pourvu d’un groupe électrogène (convertisseur alimenté via le troisième rail) pour l’éclairage du véhicule, sa ventilation, son chauffage, l’ouverture des portes et les communications radio avec le conducteur).
Les boggies sont issus d’une motrice tram de type 5000.



Vers 2006-2008, le système évolua et la collecte des immondices se fit désormais via la surface. Le wagon 88 fut alors déclassé. Il connut ensuite une seconde vie au dépôt de Delta, où il servit un temps de support à des exercices statiques de levage et de re-raillement, notamment dans le cadre d’entraînements avec les pompiers.


Le 29 novembre 2019, le wagon fut finalement ferraillé et l’un de ses bogies fut envoyé à Louvain-la-Neuve (École Polytechnique).




Et pour le pré-métro alors ?
Pour les stations de pré-métro, l’histoire du ramassage des immondices est un peu plus longue. Pas moins de trois motrices se sont succédées pour assurer cette tâche. A noter qu’elles réalisaient, en autres, des activités de dépannage de motrice avariée et de transport divers en plus de cette tâche.
Dès l’ouverture du premier tronçon de pré-métro en 1969, une ancienne motrice des Tramways Bruxellois est affectée à cette tâche. Il s’agit de la motrice standard 1052, transformée en véhicule de service et renumérotée truck (motrice de service) n°38.





Après près d’une décennie de bons et loyaux services dans les tunnels bruxellois, elle est à nouveau transformée en 1980, cette fois en chasse-neige (n°19). Son destin prendra ensuite une tournure inattendue. Elle traverse l’Atlantique et rejoint la collection du Oregon Electric Railway Museum aux États-Unis.


Vers 1976/1977, une nouvelle motrice de service est conçue sur base d’une motrice bidirectionnelle de type 5000, plus précisément la 5009, dans les ateliers STIB de Cureghem et de Belgrade. Ainsi naît le truck 40, un véhicule au look unique et singulier sur le réseau.
Polyvalent, il ne se limite pas au ramassage des conteneurs d’immondices. Il assure également des missions de dépannage ainsi que le transport de divers matériaux. Il est déclassé en 2001 avant d’être démoli le 12 décembre 2008.







Enfin, entre 2001 et 2006, c’est la PCC 7019 qui reprend le flambeau. Son parcours est particulièrement atypique : d’abord motrice d’écolage, puis affectée à l’évacuation des poubelles, elle termine sa carrière pour le transport de brouettes à sable (alimentation des bacs à sable situés aux terminus).
Par rapport aux PCC « classiques », la 7019 se distingue par sa porte latérale spécialement aménagée pour faciliter l’embarquement de marchandises.




Après 2006, elle a été reconvertie en motrice de service. Elle a d’ailleurs été repeinte en livrée blanche en 2014. Elle fut déclassée et démolie en 2024.


La motrice 7055 a, un temps, été pressentie pour remplacer le truck 40 à la place de la motrice 7019. Équipée d’un hayon élévateur et d’une porte plus large, elle avait été présentée à Cureghem en 2004, date de sa construction, où des essais d’embarquement de bennes avaient été réalisés. Finalement, elle a été affectée à d’autres activités de transport de marchandises, notamment à la traction du wagon de nettoyage des voies/désherbage ou de trains de travaux.



