Les wagons et trams « poubelles » du (pré-)métro bruxellois

Le wagon « poubelle » au dépôt Delta, le 14 juin 1981 (Crédit photo : Paul Mahaut/Coll. Michel Reps)

Cet article a été en grande partie rédigé sur la base des informations et des photographies fournies par Christian Vanitterbeek, que je remercie chaleureusement. Aujourd’hui pensionné de la STIB, Christian a été l’un des conducteurs du wagon 88 du métro, ainsi que des motrices de service (trucks) 38 et 40, en activité sur les réseaux de tram et de prémétro.

Pendant près de trois décennies, le métro bruxellois a disposé d’un véhicule pour le moins atypique : un wagon spécialement aménagé pour le ramassage des poubelles des stations.

À la mise en service du réseau métro en 1976, la vidange des poubelles en station se faisait grâce à un train de travaux composé d’un wagon plat encadré de deux locotracteurs.

Train « poubelles » vers 1976 à Thieffry à l’ouverture du réseau métro. Les bennes sont directement chargées sur un wagon plat. (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)

Vers 1980, une solution plus spécifique fut mise en place avec l’aménagement d’un wagon dédié à cette tâche, le wagon 88. Conçu pour transporter jusqu’à quatorze conteneurs, il n’était pas motorisé. Il circulait comme wagon intercalaire, inséré entre deux voitures voyageurs « classiques » motorisées U2.

Ce qui s’apparente au poste de conduite était en fait un local technique pourvu d’un groupe électrogène (convertisseur alimenté via le troisième rail) pour l’éclairage du véhicule, sa ventilation, son chauffage, l’ouverture des portes et les communications radio avec le conducteur).

Les boggies sont issus d’une motrice tram de type 5000.

Wagon poubelle 88 et train aspirateur Neu 63 à Delta (Crédit photo : Quentin Jo)
Delta en 1981 (Crédit photo : Paul Mahaut/Coll. Michel Reps)
Schéma technique du wagon 88 (Crédit : Christian Vanitterbeek)

Vers 2006-2008, le système évolua et la collecte des immondices se fit désormais via la surface. Le wagon 88 fut alors déclassé. Il connut ensuite une seconde vie au dépôt de Delta, où il servit un temps de support à des exercices statiques de levage et de re-raillement, notamment dans le cadre d’entraînements avec les pompiers.

Exercice de secours à Delta (date et auteur inconnus)
Boggies issus d’un tram type 5000 lors du déclassement du wagon à Beekkant en 2019 (Crédit photo : Philippe Vanaert)

Le 29 novembre 2019, le wagon fut finalement ferraillé et l’un de ses bogies fut envoyé à Louvain-la-Neuve (École Polytechnique).

Wagon 88 sur la voie de service de Beekkant dans l’attente de son transfert vers le ferrailleur en 2019 (Crédit photo : Philippe Leteunon)
Evacuation du wagon 88 en 2019 (Crédit photo : Philippe Vanaert)
Evacuation du wagon 88 en 2019 (Crédit photo : Philippe Vanaert)
Départ de la Place Beekkant vers le ferrailleur en 2019 (Crédit photo : Martin Kempinaire)

Et pour le pré-métro alors ?

Pour les stations de pré-métro, l’histoire du ramassage des immondices est un peu plus longue. Pas moins de trois motrices se sont succédées pour assurer cette tâche. A noter qu’elles réalisaient, en autres, des activités de dépannage de motrice avariée et de transport divers en plus de cette tâche.

Dès l’ouverture du premier tronçon de pré-métro en 1969, une ancienne motrice des Tramways Bruxellois est affectée à cette tâche. Il s’agit de la motrice standard 1052, transformée en véhicule de service et renumérotée truck (motrice de service) n°38.

Truck 38 en juillet 1970 à Sainte-Catherine (Crédit photo : MégaAnorak)
Truck 38 en 1978 Place Bara (Crédit photo : Zoran Coach)
Déchargement du truck 38 à Sainctelette en 1975 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)
Déchargement du truck 38 à Sainte-Catherine en 1975 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)
Chargement d’équipements divers sur une section de pré-métro (futur métro) (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)

Après près d’une décennie de bons et loyaux services dans les tunnels bruxellois, elle est à nouveau transformée en 1980, cette fois en chasse-neige (n°19). Son destin prendra ensuite une tournure inattendue. Elle traverse l’Atlantique et rejoint la collection du Oregon Electric Railway Museum aux États-Unis.

Truck 38, devenu chasse neige n°19 le 5 janvier 1985 Place de la Duchesse (Crédit photo : Paul Mahaut)
L’intérieur du truck 38 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)

Vers 1976/1977, une nouvelle motrice de service est conçue sur base d’une motrice bidirectionnelle de type 5000, plus précisément la 5009, dans les ateliers STIB de Cureghem et de Belgrade. Ainsi naît le truck 40, un véhicule au look unique et singulier sur le réseau.

Polyvalent, il ne se limite pas au ramassage des conteneurs d’immondices. Il assure également des missions de dépannage ainsi que le transport de divers matériaux. Il est déclassé en 2001 avant d’être démoli le 12 décembre 2008.

Truck 40 le 24 novembre 1981 (Crédit photo : Michel Reps)
Truck 40 en 1995 à la Place Saint-Lambert (Laeken) (Crédit photo : Michel Walschot)
Déchargement du truck 40 en 1978 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)
Déchargement du truck 40 à Rogier (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)
Intérieur du truck 40 en 1978 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)
Truck 40, avenue de l’Hippodrome (Ixelles) le 26 octobre 1977 (Auteur inconnu)
Schéma technique du Truck 40 (Crédit : Christian Vanitterbeek)

Enfin, entre 2001 et 2006, c’est la PCC 7019 qui reprend le flambeau. Son parcours est particulièrement atypique : d’abord motrice d’écolage, puis affectée à l’évacuation des poubelles, elle termine sa carrière pour le transport de brouettes à sable (alimentation des bacs à sable situés aux terminus).

Par rapport aux PCC « classiques », la 7019 se distingue par sa porte latérale spécialement aménagée pour faciliter l’embarquement de marchandises.

PCC 7019 à Haren le 15 février 2002 (Crédit photo : J.M. Van Melderen)
PCC 7019 le 27 février 2002 au dépôt de Molenbeek (Crédit photo : J.M. Van Melderen)
Intérieur de la PCC 7019 à Rogier le 18 juillet 2003 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)
Intérieur de la PCC 7019 à Rogier le 18 juillet 2003 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)

Après 2006, elle a été reconvertie en motrice de service. Elle a d’ailleurs été repeinte en livrée blanche en 2014. Elle fut déclassée et démolie en 2024.

PCC 7019 au Musée du tram le 8 novembre 2014 en livrée blanche (peinture en 2014) (Crédit photo : Michel Reps)
Transport de la PCC 7019 chez le démolisseur de l’Allée Verte le 27 août 2024 (Crédit photo : Michel Reps)

La motrice 7055 a, un temps, été pressentie pour remplacer le truck 40 à la place de la motrice 7019. Équipée d’un hayon élévateur et d’une porte plus large, elle avait été présentée à Cureghem en 2004, date de sa construction, où des essais d’embarquement de bennes avaient été réalisés. Finalement, elle a été affectée à d’autres activités de transport de marchandises, notamment à la traction du wagon de nettoyage des voies/désherbage ou de trains de travaux.

Essai du hayon élévateur pour l’embarquement de benne à Cureghem en 2004 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)
Essai du hayon élévateur pour l’embarquement de benne à Cureghem en 2004 (Crédit photo : Christian Vanitterbeek)
PCC 7019 et 7055 réunies au dépot de Haren le 27 juin 2022 (auteur inconnu)

Laisser un commentaire